Volcanoes to volcanoes

             Voici l’histoire en couleur et sans pudeur, avec les images, parfois voire souvent à traits tirés. Des images qui ne raconteront jamais l’intégralité de l’aventure accomplie mais qui pourront donner une idée de ce que fut notre périple. Il fut grand, long, dur pour mieux nous permettre de comprendre que nous ne sommes rien quand nous sommes seuls. Si vous percevez dans ce récit une pointe d’inachevé, sachez qu’elle n’est pas amère, il y a juste l’envie de donner, de tout donner, et beaucoup plus encore …

Volcanoes to Volcanoes … Tel pourrait être le titre de l’histoire, un rien emprunté à Raid in France, qui a vu notre équipe auvergnate aller tâter du volcan chilien. Pourquoi le chili ? Parce qu’il rime avec patagonie, terre promise de raideur. Et pourtant nous en étions bien loin, bien plus au nord, dans une région moins connue mais toute aussi riche de paysages spectaculaires, la région de l’Araucanie. Un coin de chili parsemé de grands lacs et de volcans, quasi tous en activité, preuve cette éruption un mois avant notre départ du Villarica (2807 m), symbole de toute une région. 

En cochant cette épreuve à notre calendrier nous savions que la partie serait dure mais nous pensions que le défi serait plus physique que technique. Nous nous trompions … 

23 kilos tout rond. Toute l’équipe vient de passer à la balance, et nous allons pouvoir embarquer sereinement, les caisses et sacs ont été bien pensé et nous avons optimisé chaque recoin. A la balance officielle je dépasse de 100grammes, l’hôtesse ne veut rien savoir malgré mon air de Caliméro et je me résous à enlever le rouleau de « tape » qui aurait pu me prémunir contre une nième récidive de mon décollement aponévrotique. Ha oui c’est vrai, encore une maladie psychosomatique pré événement … On verra bien ! 

Paris/ Madrid/ Santiago/ Temuco/ Pucon, voilà les étapes de notre périple chilien. A ce petit jeu certains sont mieux lotis que d’autres et les formats de poches (Christine) dorment toujours beaucoup mieux que les autres. 

Retrouvaille de l’équipe d’Agde à Madrid, sans leur féminine qui les rejoint sur place. La ventilation commence fort mais malgré quelques réponses de notre part nous ne pouvons atteindre le niveau international du célèbre Jipé, notre saint maitre à tous. 

Arrivée à Temuco, les vélos sont toujours là, ça sent bon. Les premiers déboires internationaux ne tardent pourtant pas, notamment pour les arvernes dont certains ne parviennent pas à retirer du liquide pour plus de 50 euros ! Heureusement les cartes de crédit de la BIL (Banque international de Lozère) crépitent et nous sauvent la mise … 

Pucon est enfin là, paisible, coincé entre le lac de villarica et le volcan du même nom, semblable à une petite station suisse, du chalet en bois en veux tu en voilà, un magasin de sport, un resto, un bar, un magasin de sport, un resto, un bar, un magasin etc etc … Jusque là le dépaysement n’est pas immense, il faut vraiment lever le nez et apercevoir ce volcan qui fume perpétuellement pour se rendre compte qu’on est loin du Pariou. Petite remarque au passage pour les auvergnats qui comprendront, à classer un site à l’Unesco mon choix serait vite fait …  

Agde a bien fait les choses et ont réservé une « cabane » (le nom des gites là bas) qu’on peut sans peine venir squatter vu la place qu’il y reste. On en sera quitte pour 3 jours pleins de ventilation avec le Jipé qui a hissé la grand voile. Heureusement qu’on a notre Dav national pour ne pas trop perdre la face dans cette lutte sans merci. 

Les jours qui précèdent le grand départ sont passés à tester la voile (dès fois qu’il y ait du vent et que ça puisse nous éviter quelques heures de pagaiyages), à rouler pour voir à quoi ressemble les chemins du secteur, à manger et boire local (pizza bière quoi!) et bien sûr à ventiler. Seuls les arvernes prendront le temps d’aller se baigner dans les thermes locaux qui sont pléthores ici. 

Le jour J est enfin là, et les conditions météos des jours derniers semblent vouloir laisser la place à un temps plus hivernal pour les nombreuses heures à venir. Agde nous prend un dernier smecta, probablement pour nous vider les réserves, toutes les tentatives d’intoxication (psychologique voire alimentaire) sont bonnes à prendre pour marquer des points sur l’adversaire … 

Après une petite mise en jambe de 20 kms de vtt pour se rendre au départ, Dav part au tirage au sort des bateaux, à croire qu’ils ne sont pas tous égaux. 22 kms de barcasse en bois pour débuter, histoire que les suédois puissent prendre un peu d’avance, et nous un peu de retard grâce à la main innocente du sieur Bardaud qui est tombé sur le seul bateau qu’il a fallu écopé ! Pas très grave, on ressort quand même 8° mais avec un François dépouillé comme à chaque début de course. Transition rapide et on repart vite, Agde nous a pris 10′ sur ce bateau, qu’on va essayer de rapidement combler. 116 kms de vtt très roulant, les 30 premiers kilos sur la route en colonne, j’en connais qui ne doivent pas rêver. L’équipe Urugayenne nous prend la roue mais se garde bien d’assurer le relais. Nous revenons néanmoins sur les 19, l’équipe espagnole, qui a dû hésiter sur le premier carrefour d’autoroute … Nous roulons donc à trois équipes et le goudron laisse bientôt la place à une piste en terre où la vitesse tombe de 32 à 28. François n’a pas l’air d’apprécier ce départ rapide mais la première bosse arrive et va vite faire tomber la moyenne !

 

Alors bosse au chili n’est pas bosse en france. Ici c’est tout plus plus plus, et surtout avec un sac à dos à 10 kilos ! Le pétard fait exploser tout le monde, mais pas nos rivaux qui roulent avec nous, la charmante demoiselle espagnole se payant même le luxe de taper TOUS les mecs dans ce pétard de fou. Au bout de la ligne droite nous apercevons Agde. 

Le premier poste est déjà là, tous en ligne pour la photo, ce sera le jeu pendant 5 jours mais finalement c’est une bonne garantie anti débalisage pour l’orga et un plein de souvenir pour nous avec l’évolution de nos mines déconfites tout au long de la course. 

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Dav a séché dans la bosse et va malheureusement connaître une seconde partie de vtt très difficile. Les équipes avec lesquelles nous roulons semblent beaucoup plus rompues à cet exercice et ont dû bouffer des heures de selle en vélo de route. C’est la première leçon qu’on tirera de la course, le RIF est une course à part, pour la majorité des autres il faut manger du goudron pour s’entrainer. 

Fort de cette conclusion nous nous faisons irrémédiablement décrocher du paquet dans lequel nous nous trouvions. Chacun connaitra son quart d’heure de « moins bien » sur cette section, tous sauf moi qui n’ait pu faire que du vélo cet hiver (mais patience, mon tour va venir !). 

Nous arrivons enfin aux thermes de san sébastian, transition express, on prend juste 20′ pour se jeter un repas chaud, ça fait partie de ce qu’on a défini au départ et on s’y tiendra jusqu’à la fin. Agde est là, Benjamin couché dans un coin en train de se refaire la santé. Ils ne tardent pas à repartir et à quelques minutes prêt nous loupons le coche. Avec son expérience du tierra viva de 2012 Benjamin nous aurait permis de rentrer dans la carte plus facilement mais à ce moment nous préférons rester sur notre ligne de conduite, faire notre course à notre rythme. 

 

Nous repartons après une belle transition rondement menée, juste devant les urugayens qui nous avaient largué en vélo. Premier poste nickel. Puis il faut s’enfoncer dans la jungle sur une trace taillée à la machette. Nous la trouvons sans trop de peine et avançons bon rythme au point de reprendre une équipe de devant. François perd la feuille des définitions et doit aller négocier avec les urugayens pour pouvoir prendre leur feuille en photo. Et la pluie qui se met à tomber. On tarde à s’arrêter et quand on enfile enfin la gore tex on est trempé en dessous, les boulets ! 

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On arrive enfin au premier point chichiteux, une vulgaire traversée de piste avec NORMALEMENT  une petite piste qui repart en face. Oui mais voilà, les cartes sur ce raid c’est de la photo aérienne numérisée, ça a tout l’aspect d’une carte classique mais tous les détails sont pixelisés et surtout les petites traces n’y figurent pas ! L’organisateur les a redessiné à la main avec toutes les approximations que ça laisse supposer, et l’orienteur les retranscris une nouvelle fois, avec la probable nouvelle approximation que ça laisse sous entendre !!!! 

Nous nous retrouvons donc à 3 équipes à errer dans ce champ marécageux à chercher ce bout de piste de 30 cms de large, tout en surveillant le faisceau des lampes d’à coté pour être sûr que personne ne nous fausse compagnie. Et bientôt une quatrième équipe arrive, puis une cinquième …

juste au moment où nous trouvons enfin la trace, décalée de 200 mètres de l’axe dans lequel nous cherchions ! 1H de perdue, c’est beaucoup mais c’est à la fois très peu sur ce type de course, ça n’entame pas plus que ça notre moral et nous repartons dans la jungle sur une trace assez dure à suivre. Les urugayens font d’ailleurs demi tour  avec une autre équipe et alors que nous allions faire pareil Dav trouve la trace, à moitié cachée par une souche. Nous prenons la poudre d’escampette sans rien  dire ! Quelques centaines de mètres plus loin  nous croisons les deux filles des équipes qui ont fait demi tour qui reviennent en sens contraire en pleurant, complètement affolées ! Elles avaient trouvé le passage mais pas leur équipe et maintenant il va falloir qu’ils arrivent à se retrouver, ambiance ambiance dans la jungle humide et noire ! 

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Nous rattrapons les espagnols qui nous emboitent le pas et montons d’un bon pas vers le lac, second poste du trek. Ce sera un poste en aller retour et je cherche déjà la trace qui nous mènera au poste 3. Il me semble la voir, soulagement car avoir un coup d’avance sur de telles cartes est toujours un avantage. Nous pointons le poste 2 et redescendons chercher cette intersection. Là, en plus de ne pas la retrouver nous nous perdons (lire plutôt « je perd l’équipe »!). Nous tournons et retournons, tout ça jusqu’à ce que le jour se lève (8h du mat’ ici). Là je prend enfin le temps de bien lire la carte et nous repartons à la recherche de cette bifurcation que nous trouvons presque aussitôt. Allez, encore 1h30 de jeter aux oubliettes, la course est longue encore. 

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Les trois prochains postes sont sur la zone découverte hors forêt, facile ! (juste dans ma tête le mot facile!). Poste 3 sans trop de soucis, poste 4 … poste 4 … poste 4, houhou où es tu poste 4 ? allez sois sympa s’il te plait, ça les fait plus rire derrière ! Bon le poste 4 est sourd et moi je suis aveugle, et tous ces putains de rentrant qui ne sont pas marqués, ou alors c’est moi qui ne les voit pas ? François me donne régulièrement l’altitude mais on n’a pas calé l’alti avant donc on estime (estimer : donner une valeur à qqc d’existant, ça c’est la déf de wikipédia, celle d’arverne ça serait plutôt monter et descendre de plus ou moins 100 mètres de déniv tout en avançant, voire reculant et en regardant ce que font les autres équipes tout en priant pour que la balise nous appelle). Bref, à force d’estimer et de chercher nous finissons par tomber sur le poste, non sans avoir au passage laissé une paire d’heure dans la montagne. Le poste 5 est une formalité car situé sur un sommet, il suffit juste de monter sur la ligne de crête avec la goretex trempée et un vent qui nous fait vaciller constamment au risque de nous jeter du mauvais côté de la crête. Nous redescendons au plus vite en forêt pour nous mettre à l’abri.

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Il faut à présent revenir à l’aire de transition où nous avons laissé nos vélos par une grosse piste inintéressante. Je me résous à devoir courir pour voir si le mollet tient. D’abord par fraction de 10mètres, puis de plus en plus, jusqu’à courir 200mètres d’affilée. Toute l’équipe va bien physiquement, même si je me doute qu’ils ont forcément perdu une bonne partie de leur confiance dans leur orienteur. Dans ma tête je vais me refaire sur le trek d’après, pas le choix. 

Sur la fin de ce premier trek de 56 kms nous croisons les suédois de Peak performance. Une voiture de l’orga nous apprend qu’ils ne sont que 3° !! Suedish et Agde sont déjà à la bataille pour la tête de course !! Nous arrivons à la transition et comme prévu allons prendre notre premier sommeil (1h30). Christine et moi ne prenons pas tout ce temps pour dormir et prenons un peu d’avance pour faire les sacs et reporter les postes. Nous repartons sur un vtt de 102 kms qui va débuter par une belle bosse. La pause a fait du bien à tous et la piste bien roulante et à profil globalement descendant nous permet de rouler vite. Au 2/3 de l’étape nous croisons les Argentins qui roulent à contre sens et à 3 … Yesssss une équipe de doublée, c’est toujours ça de pris. Puis quelques centaines de mètres plus loin leur orienteur assis sur le bord de la piste. Christine insiste pour savoir ce qu’il fait là tout seul mais soit il nous prend pour des benêts soit il a quelque chose à se reprocher, bref il fait mine de ne pas comprendre. Nous reprenons la progression et bientôt sous s’éclaire ! Nous arrivons à un carrefour que j’identifie très rapidement et nous comprenons que nous n’aurions pas dû nous réjouir aussi vite d’avoir croisé les argentins. En fait nous avons loupé le poste qui était dans notre dos. Juste quelques kilomètres et centaines de mètres de déniv à faire en sens inverse, un détail sur des cartes au … 110.000 ! 

Evidemment nous recroisons nos amis qui à leur tour esquissent un léger sourire qui en dit long. Ce n’est que le début du chassé croisé ! 

Le poste en poche nous reprenons la progression, avec cette fois ci la motivation d’avoir les Argentins à quelques encablures devant. Nous les reprenons d’ailleurs assez vite, en plein centre d’un village, visiblement ils n’ont pas dû encore dormir et ça se voit !  

La fin du vtt 102 ressemble étrangement à la fin du précédent, Dav constate que le home trainer a ses limites et finit cette section au mental.  

Nous arrivons enfin à la transition et prenons une pause éclair. Je suis bien décidé à rebondir, les heures perdues sur le premier trek me hantent encore. Je trace la carte et suis bien obligé de me rendre compte qu’aucun chemin n’est tracé dessus alors qu’apparemment il y a une épaisse végétation à traverser ! Qu’attend le traceur de nous ? y a-t-il une trace de pêcheur le long d’un ruisseau ? la forêt est elle enfin pénétrable ? Nous verrons bien sur place mais ça n’est pas fait pour que je reste serein … Nous repartons donc sur ce trek de 48 kms et arrivons rapidement en bout de piste, précisément à l’endroit où les chemins n’existent plus. Là pendant 1h nous allons chercher un départ de piste dans les bois, rentrant, ressortant, réessayant 100 mètres plus loin, ailleurs, là bas, non ici, bref … jusqu’à ce que l’esprit pragmatique de François nous remettent sur les rails:  » et si on continuait la piste principale  au-delà de la rivière pour voir ce qu’il y a de l’autre côté ? » ça avait l’air si simple … Et en effet, nous traversons la rivière qui était au bout de la piste et comme par enchantement un single apparait ! Je me damne, je me flagelle, ou en tous cas je devrais le faire si j’en avais le temps ! C’est donc avec un grand moral que nous reprenons la progression. On croit toujours qu’on est les seuls à galérer dans ces moments là, mais à la fin de la course en parlant avec d’autres nous apprendrons que quasi tout le monde a connu les mêmes déboires.  

Pour l’heure je suis toujours convaincu d’être l’âne du coin, et l’effet ne tarde pas à se faire ressentir dans mes jambes qui souhaitent se trainer à l’arrière du groupe … La beauté de la forêt traversée avec sa lingerie de lichens fluos, ses araucanias (surnommés aussi le désespoir des singes en raison de leurs épais piquants), ses blocs rocheux éparses, tout donne au lieu un air enchanteur, ou tout du moins mystérieux. Là, oui, on est vraiment dépaysé et on s’en met plein la vue. Et ce n’est que le début ! 

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Nous sortons de la végétation et montons sur le premier point, Christine en tête avec Dav qui s’est bien refait, et moi avec les jambes lourdes, lourdeeees … On valide le CP mais vu l’immensité du plateau à traverser nous prenons bien soin d’anticiper des points de repère tant qu’on est sur un sommet. Le trajet pour aller au poste 2 va nous permettre d’évaluer les écarts avec les autres équipes et  nos calculs ne sont pas encore en notre faveur car l’équipe immédiatement devant nous possède encore plus de 2 h d’avance quand les trois suivantes sont entre 45′ et 1h15 … Bref, faut rester ferme sur les prix et ne rien lâcher ! 

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Les coulées de lave succèdent aux lacs et aux névés, les sommets laissent place aux glaciers lointains, la traversée de cette lande minérale nous fait presque oublier les kilomètres dans les jambes. Au passage nous ramassons le casque qu’une équipe de devant a perdu, première bière gratuite (et pas la dernière …). 

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Poste 3 enfin. Ha oui, j’allais oublier, avant je me suis trompé de sommet, un détail … qui n’échappe pas à l’équipe qui a probablement beaucoup de mal à comprendre mes errements, mes erreurs. C’est fort de ce capital confiance à son paroxysme que nous commençons à redescendre sur la transition. Sur la toute fin du trek nous nous efforçons de trottiner par moment dans la descente, et petit à petit mais assez rapidement une douleur va s’installer au niveau de mon releveur du pied gauche. Pour clore le tout, les urugayens que l’on pensait très loin nous reprennent dans les derniers hectomètres, ils courent et ont l’air très facile.

Une des fins de sections les plus dures, Dav et moi devons passer par la case anti inflammatoire pour exactement le même problème, et j’ai la tête dans le sac à cause de cette orientation pourrie que je fais depuis le début … Nous n’avons qu’une hâte, boucler cette section de transition (43 kms) le plus vite possible car à l’issue nous attend un gros sommeil de 3h, et nous attaquerons la seconde partie de la course.

Nous repartons avec les urugayens sur le porte bagage, nous devons être 5 et 6, la partie pourrait être coquine car l’urugayen est joueur et nous allons faire une belle partie de manivelle. Nous roulons bon rythme mais jamais au dessus de nos forces quand eux essaient de nous poser dans toutes les nombreuses bosses du début de section. Leur fille coure d’ailleurs très bizarrement, utilisant un tout petit développement en fréquence puis à mi bosse se jette du bike et court jusqu’en haut ! On se croirait sur un raid de 5h !

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Nous restons au contact mais à notre rythme, franchissons une passerelle très (très) instable, traversons le potager de mamie qui n’est pas disposée à laisser passer les petits français mais qui indique le bon chemin à nos concurrents et puis le pétard de la vérité, et là on ne peut plus se cacher. Nous arrivons en haut et continuons directement sur notre lancée quand les urugayens sont obligés de s’arrêter pour enlever la gore tex. Ce sera la dernière fois que nous les verrons (ou presque!). Nous poursuivons sur notre bon rythme, le coup de pédale est bon, voire très bon, Christine nous sort son célèbre espanglais voire anglagnol pour trouver le dernier poste et roule ma poule … Les 15 derniers kilos se font sur la route, en colonne, c’est chiant à mourir surtout quand tu n’aspires qu’à retrouver ton oreiller, et heureusement un petit magasin n’est pas encore fermé. Dav et François se ruent sur le fromage, le jambon, le pain, le coca, et quelques paquets de gâteaux. Bientôt la plage. Mais Christine ne serait pas contente si je n’avouais pas que j’ai pété les plombs dans cette ultime bosse, sachant qu’on devait rejoindre une plage hors carte on était quasiment obligés de suivre les panneaux et ceux ci nous ont fait prendre au dernier moment une énorme bosse pour finalement tout … redescendre ! J’étais fou, j’en aurai balancé mon vélo dans le fossé !

Elle s’est fait tant désirée mais elle est là, Miss transition. Nous y retrouvons notre sac d’assistance 1, le mieux équipé. On se plonge avec délectation dedans, comme si c’était une pochette surprise : » ouais ! Un t shirt sec ! » On se dépêche de se remplir le ventre, Chris et François règlent leur montre sur 3h et on rejoint vite Morphée.

Les yeux vitreux, Christine et François sont en train de débattre sur le nombre d’heure qu’on vient de passer à dormir. Moi vu la tronche que j’ai je dirai bien que je n’ai dormi qu’une heure mais apparemment on serait plus proche des … 6 ! non, pas possible, on n’a pas pu faire une erreur comme ça ! On va voir les orgas qui nous confirment que l’on s’est couché à minuit, il est 6h du mat’, le doute n’est plus permis … Le coup de massue sur la tête ! Deux équipes nous ont doublé pendant ce temps, Agde a bouclé le raft et a pu repartir sur le trek suivant ! On part sur la section de raft (oui oui sur un lac et 26 kms!) avec des interrogations énormes sur la suite de la course. Et progressivement nous allons retourner la situation en essayant de positiver, voir plutôt les avantages d’avoir dormi 6h que les inconvénients.

Le tout premier avantage se fait immédiatement ressentir, nous partons sur l’eau alors qu’il ne reste qu’une heure de nuit. Pour voir des postes de 20 cms sur 20 c’est plutôt pas mal ! Malgré ça nous allons passer juste à côté du premier sans le voir. Mais le donner quand même à l’équipe Argentine qui le cherchait depuis 3 h et qui allait abandonner (seconde bière gratuite!).

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Nous enfilons le reste de la section sur un bon rythme, et croisons même les urugayens qui nous avaient doublé dans notre sommeil, on dirait des zombies, ils caressent l’eau plus qu’ils ne la pagaient ! (et cette fois ci c’est vraiment la dernière fois qu’on les verra!). Accostage, transition éclair et départ en petite foulée pour le plus long trek de la course, 68 kms avec un déniv qui a l’air raisonnable. Il doit être 13h, il faut profiter au maximum du jour pour avancer en courant. Le rythme est vraiment bon, même quand la pente s’élève. Et là juste devant nous les argentins qui sont parti sur le trek 3 h avant nous, la différence de fraîcheur est en train de payer ! Nous sommes désormais 5° et une seule idée trotte dans notre tête, rattraper les espagnols qui caracolent plusieurs heures devant nous depuis le premier trek ! Juste avant la tombée de la nuit nous faisons une belle erreur en nous enfonçant dans la jungle, persuadé de voir une petite sente et des traces de pas. 1 grosse heure de perdue à se battre dans les bambous, nous croisons même les argentins qui eux aussi peinent à trouver le poste. Une fois validé il nous reste à passer le col avant la nuit pour s’assurer une descente facile au niveau topo. Nous nous permettons même de nous arrêter chez l’habitant pour manger moyennant quelques pesos.

Gros boost une fois le ventre plein, on a l’impression d’être tout neuf et la demi heure de prise n’est sûrement pas perdue ! Nous reprenons la course et rejoignons le bord du lac pour la dernière partie du trek. Nous sommes dans un dédale de single et devons réveiller un vieux chilien pour qu’il nous montre la bonne trace (merci!!). Malgré ça nous sortons une nouvelle fois de la trace pour aller faire gratuitement une magnifique section de coastering by night … Et 1h de plus, 1 ! Pour nous redonner un peu de baume au cœur nous doublons les … espagnols !! en train de dormir par terre !! Chuuuuuuut, on passe sur la pointe des pieds et on laisse éclater notre joie après !! On est 4° désormais, nous reste t il suffisamment de gnac pour faire mieux ?

Allez ça y est, nous revoilà sur la grosse piste pour finir ce trek, il n’y a plus qu’à lutter contre la fatigue, les ampoules, les échauffements, le doute … La plage est en vue, transition à nouveau assez rapide (il faut avouer qu’on a été moins nul que d’habitude pendant tout le raid!) et départ pour ce dernier vtt de transition de 36 kms. Petite sieste de 1h30 avant (putain mais ils font que dormir ces arvernes!!) et hop, l’orage juste pour le départ du vélo !

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J’ai l’impression d’être sur un vtt O, les virages et changement de direction s’enchainent, le rythme est bon. Il reste la terrible montée finale jusqu’au chalet. Seul point noir, qui vaut pour Dav comme pour moi, les anti inflammatoires ne font plus effet, les 35 kms du dernier trek vont se faire en mode serrage de dent.

Chalet en vue, on commande bien trois fois de la polenta et du coca et alors qu’on s’apprêtait enfin à partir les suédois de Suedish army qu’on n’avait pas encore vu arrivent ! Ils disent à l’orga qu’ils n’ont jamais trouvé la piste (ou plutôt la trace de sanglier) qui mène de la 1 au sommet à 1900 mètres. Nous attendons un peu pour voir ce qui va se passer et l’orga les remotive pour repartir chercher les deux autres postes (ils viennent tout de même de perdre 8h dans la bataille!!!!). Ils partent donc chercher la 3 puis la 2, nous leur emboitons le pas, espérant profiter enfin d’un pilotage à vue. Peine perdue, nous sommes trop couvert et devons virer les gore tex, les laissant s’échapper dans le désert noir des roches volcaniques.

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Il existe des traces dans la pouzzolane mais le cairn est inconnu ici et il faut avoir l’oeil pour apercevoir un petit piquet tous les kilomètres. Le poste 3 est vraiment loin, il ne reste plus que 3 heures de jour, j’hésite à monter de suite chercher le 2 car c’est le plus haut en altitude et je n’ai pas envie d’y aller de nuit sachant que 1900 m ici n’est pas 1900 mètres dans le sancy (d’ailleurs il n’y a pas de 1900 m dans le sancy !!;))). On tergiverse un peu, on commence à monter vers le poste 2 et la neige commence à tomber alors qu’on n’est qu’à 1400m ! François ne sent pas d’envoyer l’équipe en haut et on fait donc demi tour pour reprendre notre progression vers le poste 3. Là on croise qui ?? Agde ! Ça faisait longtemps tient ! Comme si on croisait des frangins, tout le monde est tout content de se voir … Ben me donne quelques conseils pour aller à la 3 dont ils arrivent, et ils nous disent qu’il n’y a pas de barre rocheuse pour aller au poste 2, ils viennent de tout faire dans le brouillard et ça passait comme une lettre à la poste. Bon allez, maintenant faut plus trainer alors, il faut ramasser le plus vite possible ce fichu poste 3 et taper le 2 avant la nuit. Je presse le reste de l’équipe mais tout le monde boite (sauf christine) et le rythme est trop lent à mon goût. La neige redouble et bientôt le sol noir n’est qu’une épaisse couche blanche qui a pour seul avantage d’éclaircir la montagne. Le vent est fort, très fort, et contribue à donner une ambiance engagée. Le final est moins abrupte qu’il n’y paraissait d’en bas et nous avançons à un rythme qui est relativement bon (500m/h) pour une fin de raid avec un bon sac à dos ! Poste validé, ça mérite bien une bonne embrassade de toute l’équipe !

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On bascule du côté opposé au vent et si nos pieds le permettaient nous pourrions courir car le sol est très très souple. Il fait encore relativement jour ou plutôt pas tout à fait nuit et j’essaye de voir se dégager les principaux sommets pour me donner l’axe du col que nous devons rejoindre. Après quelques tâtonnements nous approchons du col et derrière nous 4 halos lumineux ! François reste un peu en arrière pour écouter et bientôt ce ne sont pas 4 mais 8 faisceaux de lampes ! On pense s’être fait reprendre par les argentins et les espagnols mais l’ensemble des 8 coureurs parle … suédois ! Dans notre tête le calcul se fait vite, nous venons de reprendre un énorme paquet de temps aux trois équipes de têtes sur cette fin de raid et il ne nous reste plus que le poste 1 à aller chercher quand les 8 suédois redescendent directement sur le chalet. Allez on y croit, ça pourrait sourire ! La trace est extrêmement dure à trouver, et aussi à suivre quand on l’a trouvé ! Hésitation, doute et puis merde maintenant la boussole et ça passe ou ça casse ! Ma seule peur est de tomber sur un rideau de bambou infranchissable mais pour le moment ça veut sourire. On trouve même une trace qui descend dans l’axe que je veux, le top ! Tout correspond, je jubilerai presque si je n’avais appris à ne plus me faire confiance moi même sur ce raid. On arrive à une ferme … Kézaco ?? ho pu…rée ! On est beaucoup trop à droite mais au moins on sait où on est. On s’accroche, on va valider le poste 1, ça va se jouer au mental car il ne reste que de la pistasse pour rejoindre le chalet et la boiterie est de plus en plus importante. (en bonus nos têtes de déterrés !)

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Chalet ! Deux bonnes nouvelles, les équipes immédiatement derrière nous qui se sont engagées sur le trek ont du faire demi tour tant les conditions étaient difficiles au niveau orientation et climatique. Seconde nouvelle, Peak performance est en train de dormir ! (Pink performance comme dirait François). Par contre on est lessivé et pas du tout lucide,personne de nous 4 n’a envie de s’engager sur ce dernier vtt sans prendre de sommeil. Pire même, on décide de dormir 3h, se condamnant forcément vu la vitesse de progression des suédois en vtt. Le pire du pire est encore à venir, car François Dav et moi dormons très mal et voyons partir les suédois sans réaction de notre part ! A ce moment précis on laisse de côté tout espoir d’accrocher le podium et on tente EN VAIN de se rendormir ! Bref, question stratégie on vient de bouffer la feuille … Christine se réveille fraiche comme une rose (bien noté le coup du matelas!) et nous partons sur cette section finale, sans peur d’être rattrapé mais également sans ambition. Le seul avantage est qu’on aura vraiment profité des 140 kms de cette dernière section, faisant les courses à Conaripe comme un samedi en famille, manquait que le chariot ! On profite des dernières vues sur le Villarica fraichement enneigé et tout fumant, un magnifique passage dans une coulée volcanique, des forêts d’eucalyptus, du soleil, bref, les touristes moyens;))

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Les 30 derniers kilomètres à fond, histoire de s’arracher la couenne pour passer la ligne d’arrivée, sous les applaudissements d’Agde qui est venu nous attendre et qui nous apprend qu’ils se sont fait gratter sur la ligne. Allez basta, le soleil brille à fond, il est 16h et ça sent la bière et la pizza !!!!

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Heureux d’avoir franchi cette ligne en 4° position, quelques jours avant ça nous semblait impossible. Heureux d’avoir pu côtoyer des volcans en activité, c’est juste magique, de jour, de nuit … Heureux d’avoir partagé cette aventure avec Sabrina, Benj, Jipé et Paulo d’Agde, on a bien rigolé et ça a sûrement un peu embaumé cette aventure. Heureux que mon entrainement à pied réduit à néant depuis décembre n’ai pas trop entravé la progression de l’équipe. Enfin et surtout heureux d’avoir vécu cette longue histoire avec Christine, Dav et François ! Une de plus …

C’était notre second raid international et une expérience sportive très enrichissante. Il nous reste à trouver le bon dosage des ingrédients mais cette équipe a le potentiel pour aller plus loin. Comme un orchestre avec de très bons musiciens, encore faut il que le chef d’orchestre sache donner la mesure pour que le concert soit à la hauteur ! Néanmoins on a adoré le fait qu’il n’y ait pas de porte horaire (qui nous auraient probablement condamné en début de course) qui rend la course bien plus lisible pour tous, et un règlement et une liste de matériel très simple … Reste juste à mettre un second orienteur dans l’équipe, ce qui devrait arriver sans tarder 😉 …

steph

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3 commentaires pour Volcanoes to volcanoes

  1. raidarverne dit :

    Ola Gaët ! Nous sommes maintenant intimement convaincu que le sommeil est capital, d’ailleurs notre seule erreur à ce sujet est la dernière nuit où le sol en béton (très froid) du chalet nous a empêché de dormir. Et forcément la mise en place de portes horaires pénalise les équipes qui gèrent au détriment des équipes rapides. C’est pour cette raison que nous avions coché l’afrique du sud l’année dernière et le chili cette année, ce sont quasiment les dernières épreuves à n’imposer aucun stop. Quant à l’orientation à l’étranger, les cartes africaines n’avaient rien à voir avec ce qu’on a eu cette année, le problème l’année dernière est venu de la perte de notre unique boussole hémisphère sud. Question carte pourrie je pense qu’on a été servi cette année mais y a pas de mystère, les plus forts sont toujours devant ! Mais maintenant qu’on a quelques épreuves pour pouvoir comparer l’africa expedition race est vraiment au dessus du lot sur tous les plans 😉

  2. Ping : Le raid en gif : Partie 2 - Team Chauds Patates

  3. Gaët dit :

    Bravo Steph et bravo toute l’équipe;
    Incroyable de voir comme la fraicheur joue sur une fin de course si longue.
    L’absence de porte horaire apparaît donc comme une solution plus qu’intelligente pour faciliter la gestion du sommeil des concurrents.
    Ça m’a l’air coton cette orientation hors France, j’ai hâte de m’y frotter!
    A bientôt sur les chemins

    PS: comment va le releveur?

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