Technique de l’escargot

En épitaphe un nom qui glisse. Si lisse qu’il en est classe. Sans endroit pour dormir ni mourir à l’endroit. Dans ce jeu de quille où il traine sa coquille, il avance sans prétention ni aucune manigance, dans une cadence sans illusion.

Technique de l’escargot : regarder le chantier qui l’attend et s’y lancer avec humilité. Force et courage furent nos deux armes du week end pour vaincre kilométrage et dénivelé. Une entrée sucrée salée à se caler et s’apprivoiser car c’était une première pour notre composition d’équipe. Stéphanie impressionnante de facilité sur ce vtt pentu, que le pourcentage soit positif ou négatif. Ludo le diesel dans le dur sur la fin mais qui ne rechigne pas au labeur. Et moi chanceux comme pas deux à casser mon dérailleur arrière à 500 mètres de la ligne.

Petite nuit en dessous de 0°, un café froid et un gâteau de riz pour se caler le ventre. Les kayaks s’alignent sur le lac du Monteynard aussi bleu que le ciel enfin débarrassé de son manteau nuageux. Les « zopeunes » partent 10′ après les « zélites », un peu comme si on lâchait une antilope devant un lion. Première partie du kayak avec Steph et on recolle très vite aux dernières équipes élites. Seconde partie avec Ludo et une lutte finale sans merci contre le vent. S’ensuit un long trek ascendant pour retrouver un sommet qui s’est trompé d’initiale. Nous avalons les équipes comme un packman des années 80 pour arriver au parc vtt. Nous repartons avec une légende du raid que je vénérais dans les endurance mag des premières années. Seb nous donnera d’ailleurs le second poste vtt grâce à son célèbre groin. Puis Steph lâche les freins dans la descente qui suit, Ludo et moi dans sa trace pour rejoindre le tir à l’arc. Application du règlement, punaise au moins 20 flêches pour en mettre 3 dans le bleu, qu’on m’amène le bâtard qui a eu cette idée !;)). Un long col à la pédale pour arriver à un caillou troué idolâtré par la population locale, un peu comme si les auvergnats déifiaient une montagne chapeautée d’un temple de mercure. Nous reprenons l’équipe homme arverne qui n’est pas au mieux. Quelques postes à postes communs puis la remontée très à l’aise sur les postes 13 à 16. Un petit bout de route avec nos meilleurs potes du sud pour une erreur collective sur le poste rifesque numéro 16. Je m’étais plu à imaginer que Gaetan voulait nous faire crapahuter alors qu’il existait un sentier. Nous prenons le single qui nous ramène à la transition que nous estimons perdant par rapport à la piste du dessous mais l’état d’esprit « open » nous rappelle que la bataille est vaine et uniquement pour la gloriole.

Nous enchainons bien les postes sur cette courte mais physique co qui nous amène à un rappel en fil d’araignée. Puis nous reprenons le dénivelé en sens inverse et le plus brutalement qu’il est possible de le faire, à travers quelques dalles de schistes qui ont laissé pousser par endroit des fleurs de ciboulettes. Van Gogh aurait été heureux dans ce décor atypique. Nous retrouvons nos montures pour la section finale qui nous ramène au bivouac.

Après avoir tracté tant et plus le contact avec mon duvet m’est fatal et heureusement que Ludo et Stéphanie sont aux petits soins. Réveil très matinal pour admirer seul les étoiles et se demander à quoi rime toute cette débauche inutile d’énergie quand tant d’homme et de femmes meurent chaque jour, très loin ou parfois si proche de nous …

Et puis le clairon retentit. Sur la ligne de départ les mains engourdies se saississent des cartes. Point n’est besoin d’être expert en la matière pour comprendre qu’aujourd’hui il va être difficile d’échapper à la masse. Et effectivement nous nous retrouvons vite englués dans la première descente un peu raide. Sur la large piste qui suit nous balayons d’un revers de main l’option draille à droite pour nous conforter sur un choix de bon père de famille. Après l’épisode du troupeau de vache de la veille cette fois ci c’est le tracteur de papy marcel qui va au bois et qui prend toute la piste. Poste 3, quelle surprise de nous y retrouver avec le gratin national des team de raid et Fmr ! Poste 4, pause « j’enlève une couche » puis un long col comme il est si bon mais si rare d’en trouver en raid. Ça monte au train, 1300 mètres de déniv à se farcir sans tomate. J’accroche vite Steph qui est moins saignante que la veille. Ludo est bien en canne par contre et on monte sur un rythme correct. Les Xttr de steve et fanny nous reprennent vite et comme un taureau avec le rouge,  la vision du orange me donne des élans de force.  Raid O’brothers revient également sur nous avec Albane en tête du trio, tant pis si je dois péter ma tige de selle ! Dépouillage total, la fumée sort du capot mais la mécanique est rustique. Poste 5, vision panoramique, sourires photogéniques et dénivellé qui pique. Nous rejoignons des tas d’équipes de potes, Issy mixte puis Agde, avant que Raid nature 46 recolle à son tour. Postes 6,7,8,9, physiquement nous marquons le pas et ne recollons au paquet que sur des détails de choix d’itinéraire. Arrivée au plateau de l’Arselle, puis Chamrousse sous le soleil. Transition rapide et départ pour une co couloir sur photo aérienne. Bataille d’orienteurs qui tirent à tour de rôle jusqu’à l’arrêt chrono. Une facile via sur un rocher chaud, un beau rappel et reprise du chrono. Nous repartons dans un quatuor composé d’Issy jycle, Raid O brother et Raid nature 46. L’arrêt nous aura été fatal et nous ne pouvons les suivre physiquement. Une énorme erreur (la seule du we ou presque) sur le poste 13, un orient show miroir à lourde pénalité et l’arrivée.

Et alors mon pote, comment tu l’as vécu ta première finale d’un championnat de france en open-pour-le-fun-qui-compte-pour-du-beurre ? Pas si mal vieille chique, pas si mal. Faut dire que l’équipe était au top, qu’on a tout donné, et sur un raid comme ça y a pas de fard à paupière. Exigeant ? Oui c’est le mot mais il aurait été impoli de faire moins pour une finale. Les meilleurs sont devant et c’est bien ça qu’on attend d’une finale non ? Et pour se lustrer un peu l’égo on peut toujours se dire qu’on aurait fini dans un très beau top 10 au scratch en prenant (de justesse!) la 4ème place en mixte. Pas si mal pour des escargots.

Un petit couplet pour les organisateurs qui après avoir marqué les esprits il y a quelques années en remportant à la surprise générale le célèbre raid des dentelles au nez et à la barbe des monstres de l’époque, viennent de rentrer définitivement dans le rang des grosses écuries. Rendre à ton sport autant qu’il te donne, n’est ce pas là le plus beau des gestes ?

Et maintenant ? Hé bien maintenant arrive la phase la plus dure … partir en vacances avec madame et deux enfants pas sportifs (sauf si on considère que le foot et la boxe sont des sports;)) tout en s’entrainant pour raid in france sans en avoir l’air. Les techniques employées feront peut être l’objet d’un prochain post …

Steph

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4 commentaires pour Technique de l’escargot

  1. Génial ce CR ! Tel un livre qu’on est triste de finir.. Bravo les machines !

  2. Albane dit :

    Beau, poétique, les lions ont sacrément rugi ! Ciboulette et fines herbes, avec patates sautées c’est le succès de l’été

  3. Ping : L'aventure Dauphinoise et le raid Chaud Patate, c'était bien ? - Team Chauds Patates

  4. Batou dit :

    C’est toi maintenant la (vieille ) légende du raid que les ptits jeunes vénèrent. Merci pour ce beau récit.

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